Allumer un feu au firesteel : le guide du débutant

Le feu au firesteel déchaîne les passions. Incontournable en Bushcraft, parfois boudé par les survivalistes, le firesteel (ou pierre à briquet) s’est hissé, juste après le couteau, dans le haut du classement des outils de survie. On le dit robuste, tout terrain, capable d’allumer des centaines de feux, une véritable petite baguette magique ! Qu’en est-il réellement ?

I – Qu’est-ce qu’un firesteel ?

Le firesteel (ferrorod dans la langue de Shakespeare) est une tige constituée d’un alliage de métaux répondant au doux nom de ferrocérium. Ce dernier entre en combustion à température ambiante au contact de l’air lorsqu’on lui administre un petit coup de pouce énergétique.

En grattant la tige du firesteel à l’aide d’un grattoir adapté, on va décoller de minuscules petits copeaux métalliques qui vont se muer en étincelles bien grasses dont la température avoisinera les 3000 °C, de quoi allumer à peu près n’importe quoi. Même humide, la réaction se produira et une gerbe d’étincelles jaillira.

Vous avez perdu votre grattoir ? Essayez avec un morceau de métal possédant un angle saillant, un outil coupant comme un couteau. Ajoutez à cela que chaque utilisation ne décolle qu’une infime partie du métal constituant la tige, on peut supposer qu’il durera dans le temps.

Des centaines de feux ? Peut-être pas, il est souvent nécessaire de s’y reprendre à plusieurs fois en conditions humides, mais une bonne préparation doit permettre d’obtenir des flammes du premier coup. Quoi qu’il en soit, en comparaison avec une allumette (usage unique) ou un briquet classique (qu’il faut recharger et/ou qui se vide relativement vite), le firesteel a pour lui son côté robuste et durable.

Des firesteels de toutes les tailles et de toutes les couleurs.

Il existe des pierres à briquet de toutes les tailles, de toutes les couleurs, elles présentent cependant toutes à peu près les mêmes caractéristiques :

  • La tige métallique : c’est le firesteel au sens propre du terme. Certains kits de survie ne fournissent justement qu’un maigre petit bâtonnet sans autre accessoire, pas la solution la plus ergonomique. Généralement, la tige est engagée dans un manche qui facilite son utilisation.
  • Le grattoir : objet métallique lui aussi qui peut également être accompagné d’un manche. Le grattoir doit venir racler la tige en ferrocérium pour en décoller de minuscules copeaux qui vont créer des étincelles. Vous imaginez bien que pour qu’un objet produise cet effet, il doit être solide et acéré. On veillera donc à ce que le grattoir ait au moins un angle saillant (inférieur à 90°). Quand on débute, la maîtrise du firesteel est d’ores et déjà chose complexe, mais certains de ces outils sont vendus avec des grattoirs émoussés avec lesquels vous ne tirerez jamais aucune étincelle conséquente.

II – Débuter avec une pierre à briquet

Pour s’entraîner au maniement de l’objet, on pourra tenter de le gratter pour produire simplement des étincelles en plaçant le grattoir à 45° par rapport à la tige. Il faut sentir un raclement (un peu comme pour une allumette) et lorsque le grattoir descend le long de la tige, de belles étincelles bien grasses et lumineuses doivent jaillir.

Oui, mais voilà, nous parlons bien d’étincelles. Pour produire des flammes, il faudra donc proposer à ces petites étoiles filantes un allume-feu (ou initiateur de feu) adapté. L’inflammation sera facilitée par quelque chose de fibreux, une matière sèche et facilitant la circulation de l’oxygène.

Une variété d’initiateurs de feux avec, de gauche à droite : coton, bois gras, cristaux de résine, écorce de bouleau, akènes de massette, akènes de clématite

ATTENTION : on désigne improprement les substances permettant d’obtenir des flammes sous le terme “Amadou”. L’amadou stricto sensu est une substance duveteuse issue du champignon polypore Amadouvier (Fomes fomentarius). Autre différence, avec les allume-feu que nous privilégierons : il ne permet pas d’obtenir en premier lieu des flammes, mais il se consume en formant une braise à la moindre étincelle.

S’il existe des tas d’initiateurs naturels, nous allons débuter avec ce qu’il y a de plus simple : le coton. Il faudra se munir d’une pincée de cette matière que l’on aménagera en un petit nid aéré.

Les disques démaquillants comme ici, sont parfaits, il suffit d’en décoller en partie les deux épaisseurs. Attention à préserver cet allume-feu de l’humidité. Une bonne solution pour le terrain est d’emporter avec un soi quelques tampons féminins, ils fournissent une source de coton conséquente pour un encombrement quasi nul et ils sont emballés dans un film plastique. D’autres préfèrent tasser de la ouate dans la coque en plastique d’un œuf surprise de marque bien connue.

Les disques démaquillants en coton sont très faciles à enflammer.

Si l’inflammation du coton ne présente plus de problème pour vous, c’est que vous parvenez à produire des étincelles suffisamment grosses avec votre firesteel. Passons alors aux allumes-feu naturels avec un exemple particulièrement emblématique en Bushcraft.

Le bouleau est un arbre très répandu dans les lieux humides et au sol pauvre, c’est une espèce pionnière que l’on peut identifier de loin, car il possède une écorce blanche striée de fines bandes horizontales noires : les lenticelles (qui permettent aux tissus sous-jacents de respirer).

Le bouleau a mille usages en Bushcraft, mais nous allons seulement nous servir ici de son écorce qui est riche en huiles essentielles facilement inflammables. Son usage a été décrit de façon saisissante dans la nouvelle de Jack London “Construire un feu”. On prélèvera l’écorce sur un arbre mort sur pied pour ne pas endommager un individu vivant (qui porterait alors une balafre durant des dizaines d’années) et pour éviter que l’écorce ne soit détrempée comme sur certains troncs tombés au sol. Même humide, l’écorce de bouleau constitue un bon initiateur de feu, mais nécessite alors un traitement plus fin. 

À partir d’un lambeau d’écorce, il faudra venir réaliser un initiateur sec, fibreux et aéré. Les couches internes sont préservées de l’humidité, on cherchera donc à atteindre une certaine profondeur où les tissus apparaissent plus clairs. Avec ces derniers, il va falloir réaliser des petits copeaux. Pour cela, rien de plus simple que d’utiliser le grattoir du firesteel pour venir racler l’écorce, sur sa face externe ou interne (peu importe), dans le sens des lenticelles. Avec un tas de la taille d’une groseille, vous pourrez aisément produire vos premières flammes.

Ici seront mises à l’épreuve votre dextérité et votre stabilité. L’idéal sera de procéder à genoux au sol sur un support plat. Les copeaux pourront être rassemblés sur l’écorce en un petit amas. Il faudra veiller à établir un angle de 45° entre le support et le firesteel ainsi qu’entre ce dernier et le grattoir. On viendra placer la tige juste à côté de l’agglomérat de copeaux d’écorce pour venir gratter avec insistance. Cela peut prendre du premier coup si l’écorce est bien sèche, si elle est très humide par contre, il faudra gratter de façon répétitive jusqu’à obtenir une petite flamme.

ATTENTION : une erreur classique consiste à gratter le firesteel jusqu’au bout de la tige, le grattoir vient alors écraser et étouffer la flamme naissant dans l’initiateur. Le coup de main consiste à pivoter le grattoir juste avant de venir toucher l’allume-feu.

Une fois les premières flammes apparues, on ajoutera avec précaution davantage d’allume-feu (coton ou petits morceaux d’écorce) pour fortifier ce feu naissant puis ce sera au tour du petit bois et ainsi de suite… Construire un feu est un autre domaine à explorer. Toujours est-il que si vous avez obtenu des flammes grâce aux deux initiateurs précédents, pourquoi ne pas chercher à en utiliser d’autres ?

Le bois gras, les fruits ailés de la massette (akènes) ou de la clématite dispersés par le vent, des hérissons de bois, des lichens ou simplement de l’herbe sèche peuvent être enflammés par cette baguette magique. À vous d’essayer ce qui vous tombe sous la main avec plus ou moins de transformation. Conservez juste en tête les trois caractéristiques d’un bon allume-feu : il doit être sec, fibreux et aéré.

Certains firesteels sont couplés à un bloc de magnésium qui servira d’allume-feu. Le principe est exactement le même : il s’agira de réaliser un petit tas de copeaux sur lequel on projettera des étincelles. L’inflammation du magnésium est une réaction assez violente, il faut donc avoir immédiatement sous la main son petit bois.

Comme tout objet technique, la pierre à briquet demande à être apprivoisée. Il peut être utilisé de façon plus raffinée avec un peu de maîtrise, on peut, par exemple, utiliser une méthode inverse qui consiste à tirer la tige en laissant le grattoir en place pour balancer des étincelles à la volée. Il faut pour cela de l’entraînement, une certaine rigueur, une bonne préparation de l’initiateur, mais au final, le firesteel est une solution sur laquelle on pourra compter même par temps pluvieux pour peu que l’on prenne le temps de bien le connaître.

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Alban Cambe
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Alban Cambe

Alban Cambe est professeur de Sciences de la Vie et de la Terre et formateur Bushcraft. Il transmet ses connaissances au cours de sorties sur le terrain pour petits et grands. Il est l’auteur de l’ouvrage de référence « Nature Aventure Survie : guide pratique du Bushcraft ».

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