La pose du garrot en zone rouge

Le seul soin médical indiqué dans la Zone Rouge (lire notre article sur la Zone Rouge) sera de considérer le placement du garrot si la menace le permet. En effet, au milieu d’une zone où la menace reste directe, parfois même avec un saignement important, il sera plus judicieux de ramper pour se mettre à couvert, protégé et seulement à ce moment-là, sortir l’IFAK et s’autoappliquer un garrot. Les mêmes considérations sont évidemment à retenir si on doit s’occuper d’une autre personne : extraire de la ZR d’abord, traiter ensuite.

I – Indications : 

Le garrot est indiqué pour contrôler un saignement massif (v. photos) aux extrémités (bras et jambes). Il n’est évidemment pas un soin définitif, ce geste salvateur va uniquement enrayer le processus d’exsanguination de la victime afin de gagner le temps nécessaire pour présenter celle-ci en vie au bloc opératoire, entre les mains d’un chirurgien. Dans les situations de combats militaires, le garrot est indiqué comme traitement en première intention. En contexte civil, ce n’est ni unanimement ni ouvertement indiqué, mais dans certaines circonstances précises, le garrot pourrait aussi être le traitement en première intention.

Garrot de type SWAT

II – Qu’est-ce qu’une hémorragie massive ou un saignement massif ?

Il est souvent difficile sur le terrain d’évaluer la quantité de sang perdu par un blessé, du fait de la visibilité, du déplacement préalable éventuel, de la nature du sol qui absorbe plus ou moins ainsi que du matériau des vêtements. Il est donc inutile de parler d’une certaine quantité pour décréter si oui ou non nous sommes en présence d’une hémorragie massive. Disons pour faire simple que s’il y a présence importante de sang qui coule sur le sol, une petite flaque (v. photo) et une victime qui saigne en continu, nous sommes bien en présence d’un saignement massif. Si vous êtes amené à vous poser la question, c’est que vous n’êtes probablement pas en présence d’un saignement critique, car une hémorragie massive ne prête pas à confusion, elle se constate d’emblée. Bien sûr l’apparence (peau pâle et moite ?) et l’état de la victime (faible, désorientée… ?) donneront de bonnes indications sur le probable état de choc lié à une perte de sang importante. 

Si après quelques secondes de saignement, vous avez ce genre de vue : à gauche c’est une hémorragie massive, à droite probablement pas.

III – Risques et limitations

L’utilisation de garrot n’est pas totalement sans risques et des preuves qui appuient ses effets négatifs lors d’utilisation prolongée ou inappropriée existent et rapportent notamment, mais pas seulement, des dommages aux nerfs, des lésions aux tissus, voire des nécroses, des caillots sanguins. Une application continue de plus de 2 heures peut résulter en effets secondaires.

« L’utilisation du garrot n’est pas sans risques ! »

Les dommages aux muscles sont presque totaux après un placement de plus de 6 heures. 

Un garrot correctement placé est très douloureux, un blessé pourrait nécessiter d’importantes doses d’analgésique (antidouleur) pour supporter la pression adéquate et nécessaire pour un placement effectif (contrôle complet du saignement et disparition du pouls distal). 

Relâcher périodiquement un garrot afin de rétablir partiellement et provisoirement la circulation sanguine mène à augmenter l’exsanguination et entraînera la mort. 

Finalement, et tout est là, les garrots sont des outils efficaces à utiliser en situation appropriée par des personnes qui comprennent ce qu’elles font, pourquoi et comment elles le font. Autrement dit, l’usage des garrots n’est pas sans risque et c’est pourquoi leur utilisation doit être justifiée, nécessaire et parfaitement exécutée.

IV – Principes d’application d’un garrot

  • La technique de base (1re intention) pour stopper un saignement (hémorragie), même massif, est la compression directe de la plaie.
  • Cependant, il peut être nécessaire de poser un garrot soit par la nécessité dictée par la situation (premiers soins en zone hostile), soit parce que les mesures de 1re intention sont infructueuses (échec de la technique de compression directe).
  • Il est préférable d’utiliser un garrot manufacturé (type CAT™, SOFTT™, SWAT™…). En effet, improviser un garrot prend du temps et leur inefficacité peut mener à un important risque de complication, voire la mort de la victime.

Placement d’un 1er garrot

Il y a des informations contradictoires au sujet du placement des garrots, mais une approche de base qui se voudrait pragmatique et efficace suggère :

  • Le 1er garrot devrait toujours être placé « le plus haut possible », sur le haut de la cuisse ou du bras, et ce pour 2 raisons principales :
    1. Afin d’être certain d’interrompre le flux sanguin, entre la plaie et le cœur, sans avoir à chercher longuement où se trouve l’origine du saignement. Ce dernier n’est pas toujours aisément repérable, particulièrement en ZR – stress et attention orientée vers le danger – ou en conditions de basse ou de non-visibilité (obscurité, fumée, fumigène…).
    2. Assurer une efficacité maximale à la compression par la sangle du garrot puisque ces 2 zones, cuisse et bras (au-dessus du coude), sont des compartiments à os unique (tibia et humérus). Les vaisseaux peuvent donc être compressés de manière optimale sans possibilité de « fuir » entre les 2 os. 
En ZR, le 1er garrot devrait toujours être placé le plus haut possible et serré fort, sur les vêtements ou directement sur la peau.

« 1er garrot : placé haut et serré fort »

  • Si l’origine du saignement est clairement identifiée ou en ZO, ZV, placer le garrot à 5 cm au-dessus de la blessure, jamais sur une articulation et à même la peau de préférence.
  • Si le membre est amputé, le placer 5 cm au-dessus de la plaie ou immédiatement au-dessus de l’articulation.
  • Le garrot est serré jusqu’au contrôle complet du saignement et la disparition du pouls distal.
  • Le blessé est clairement marqué avec l’heure et le garrot est clairement énoncé lors de la remise-reprise du blessé aux secouristes professionnels.

Placement d’un 2e garrot

  • Si un 2e garrot est nécessaire (le 1er n’ayant pu contrôler complètement le saignement massif), placer le second garrot côte à côte, directement au-dessus du 1er.

Relâcher un garrot

Le principe pour un secouriste peu ou pas formé est : « Garrot posé, garrot laissé ! »

Le blessé sera réévalué par les professionnels de la santé qui prendront les mesures adéquates.

« Garrot posé, garrot laissé ! »

Techniques de pose

1 – Autoapplication (Self-Aid) du garrot CAT® sur le bras

  1. Diminuer son exposition à la menace : s’abaisser, se mettre à couvert (des vues, des projectiles)
  2. Enfiler le bras blessé dans le garrot, extrémité (repliée) de la sangle dirigée vers soi (facilite la préhension et le serrage). Placer le garrot haut et serré entre le cœur et la plaie. (photo 1)
  3. Tirer le plus fort possible sur la sangle. Ceci est la clé d’une mise en œuvre efficace. Ce premier serrage peut déjà freiner la perte sanguine et garantit l’efficacité de l’action à venir de la barre (photo 2)
  4. Coller la sangle velcro sur velcro au maximum sans la faire passer dans l’étrier (photo 3)
  5. Tourner la barre jusqu’à un contrôle complet du saignement qui est l’indicateur principal de l’efficacité de la mise en place (la douleur, le nombre de tours effectués… ne sont pas des indicateurs de bon/mauvais placement) (photo 3)
  6. Verrouiller la barre dans l’étrier
  7. Placer le surplus de la sangle velcro dans l’étrier
  8. Sécuriser la barre et la sangle velcro dans l’étrier à l’aide du velcro (photo 4)
  9. Noter l’heure (si possible) sur le velcro (photo 4)

2 – Application du garrot SWAT® sur la jambe d’une victime (Buddy-Aid)

  1. Rester connecté à son environnement. S’assurer d’être à couvert (des vues, des projectiles) 
  2. Demander à la victime de comprimer sa plaie ou utiliser le genou comme point de compression dans le pli de l’aine ou de l’aisselle (si pas de fracture au bassin suspectée)
  3. Ouvrir le garrot et le placer autour de la jambe de la victime le plus haut possible et serré entre le cœur et la plaie (photo 1)
  4. Tirer le plus fort possible sur l’élastique. Ceci est la clé d’une mise en œuvre efficace. Très peu de tours vont déjà fortement freiner la perte sanguine
  5. Les formes représentant des ovales et des rectangles doivent sous l’effet de la tension se transformer en cercles et carrés. (Indicateurs de bonne tension) (photo 2)
  6. Procéder de la sorte avec toute la bande élastique. Un contrôle complet du saignement est l’indicateur principal de l’efficacité de la mise en place (la douleur, le nombre de tours effectués,… ne sont pas des indicateurs de bon/mauvais placement) du garrot
  7. Verrouiller le garrot en insérant l’extrémité de l’élastique sous un des tours précédents. (photo 3 et 4)
  8. Noter l’heure sur le bracelet fourni ou noter sur la joue du blessé (Endroit du corps moins sujet à l’effacement à cause de la sueur) (photo 5)
Commander survival 13

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Joël Schuermans

Après 12 ans passés dans une unité commando, il a repris une carrière de medic spécialisé dans les zones hostiles et/ou isolées. Aventurier et voyageur au long cours, il est un spécialiste médical pour expéditions et missions lointaines. Conseiller éditorial du magazine Survival, auteur de plusieurs livres et de nombreux articles. Vidéaste et photographe, il réalise des reportages écrits et vidéos sur certains sujets d'aventure et notamment sur les rangers de la lutte anti-braconnage en Afrique.

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