Sculpter des hérissons

Allumer un feu est un savoir-faire capital en survie ou bushcraft. L’expérience, la pratique régulière montrent vite au pratiquant chevronné qu’il est important de savoir produire des flammes en toutes conditions. Si les allumes-feux viennent à manquer ou si le milieu est particulièrement humide au point de rendre l’usage du firesteel (voire même du briquet moderne) très difficile, il existe une technique pour obtenir un excellent initiateur de feu avec un simple bout de bois.

I – De quoi parle-t-on ?

On nomme ce genre de créations « hérissons », car il s’agit de sculpter finement un morceau de bois pour créer de minces copeaux qui resteront attachés à leur base. De telles réalisations sont ainsi faciles à manipuler, car le bâtonnet porte les épluchures qui restent attachées, il est alors aisé de les stocker à l’abri de l’humidité ou même de transférer les flammes depuis un foyer à un autre.

Certaines espèces de bois sont particulièrement indiquées pour réaliser des « feather sticks » (« bâtons plumeux » dans la langue de Proust) d’excellente qualité : pin, saule ou châtaignier ; ils présentent en effet de nombreuses fibres ligneuses qui rendent la sculpture plus facile. Néanmoins, dans une situation de survie et même en bushcraft, on fait avec ce que l’on a sous la main, ma bonne dame ! Pour cet article, j’ai utilisé du bouleau. Enfin, rappelons qu’un bon initiateur de feu doit présenter certaines qualités, il doit être sec, fibreux et aéré.

II – Le matériau de base

Pour démarrer, on cherchera des bûchettes d’une dizaine de centimètres de diamètre. Le bois doit être mort et affranchi de l’humidité du sol, on sélectionne donc du bois mort sur pied, non attaqué par la moisissure. Si l’écorce et le matériau superficiel ont pu accumuler un peu d’humidité, le cœur du bois qui nous intéresse demeurera sec.

On commencera donc par scier une petite bûche de la longueur voulue (une trentaine de centimètres se révèle très pratique) puis il s’agira de la fendre par « bâtonnage » ou à la hache pour constituer de 4 à 8 bâtonnets. L’arête saillante du cœur du bois va nous intéresser au plus haut point.

III – Méthode

Sculpter des feather-sticks demande d’être stable, c’est pourquoi on manipulera à genou en déjetant le bâton à traiter d’un côté du corps (côté droit pour un droitier) ; de cette manière, les accidents bêtes sont moins susceptibles de se produire. Si la branche que vous avez sélectionnée est légèrement courbée, cela vous facilitera le travail en sculptant dans le creux de la courbe. En appuyant l’extrémité du bâton sur un support ferme et en maintenant l’autre extrémité plaquée contre notre corps, on viendra délicatement réaliser des copeaux avec une prise robuste du couteau en descendant vers le sol. Pour débuter, on s’attaquera à l’arête saillante du bois qui, après la fente, peut se montrer irrégulière. Un premier passage léger en décollera des copeaux qui pourront être récupérés au moyen d’un tissu ou d’un film quelconque placé au sol.

Une fois la surface à sculpter rendue plus nette, la magie va pouvoir opérer. Les copeaux doivent être formés avec délicatesse et finesse (on vise l’épaisseur du papier à cigarette) ; un à-coup risquant de détacher les épluchures du bâton, il est inutile de forcer. On commencera le plus haut possible sur une arête, en descendant doucement, un copeau va s’allonger puis s’enrouler. Répéter l’opération en redémarrant sur une autre arête, en théorie chaque passage du couteau créant deux nouvelles arêtes qui pourront être utilisées ; il est ainsi possible de former des épluchures selon un angle de 180° par rapport à l’axe du bout de bois.

La longueur des copeaux influera sur le rôle que vous souhaitez donner à votre hérisson. Les plus fins pourront être enflammés à l’aide d’un firesteel, les plus grossiers vont simplement faciliter l’embrasement du bois lorsque des flammes sont déjà présentes.

Conclusion

Au prix d’un travail appliqué, on pourra aboutir à toute une collection de feather-sticks, du plus fin au plus grossier. Assembler les plus délicats en un nid accueillant pour les étincelles du firesteel permettra de démarrer un feu rapidement, les autres hérissons permettront de faciliter la prise des flammes dans le bois sculpté qui offrira alors une plus grande surface de contact à la réaction de combustion.

Alban Cambe
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Alban Cambe

Alban Cambe est professeur de Sciences de la Vie et de la Terre et formateur Bushcraft. Il transmet ses connaissances au cours de sorties sur le terrain pour petits et grands. Il est l’auteur de l’ouvrage de référence « Nature Aventure Survie : guide pratique du Bushcraft ».

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