Aron Ralston : 127 heures en enfer

Prisonnier d’un bloc de pierre lors d’une randonnée dans les gorges de l’Utah, Aron Ralston parvient à échapper à une mort certaine en s’amputant lui-même le bras avec un canif de fortune. Une incroyable histoire de survie qui continue de susciter à la fois émoi et admiration.

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Tout au long de son épreuve, Aron se filme en permanence pour faire le point sur sa situation. Ici une image tirée de ces films. (DR)

L’histoire a fait la Une des journaux américains au printemps 2003. Et pour cause… Tout commence l’année précédente. Ingénieur en mécanique brillant, diplômé de la Cherry Creek High School de Greenwood Village, dans le Colorado, ainsi que de l’université Carnegie-Mellon de Pittsburgh, en Pennsylvanie, Aron Ralston décide brutalement de changer de vie. A 27 ans, il quitte ainsi son poste, pourtant fort confortable, au sein du géant de l’électronique Intel Corporation pour se lancer à corps perdu dans la passion qui le dévore depuis son plus jeune âge : la montagne, avec l’ambition chevillée au corps d’être le premier à réaliser l’ascension hivernale en solitaire de tous les « fourteeners » (sommets de plus de 4 000 mètres d’altitude) du Colorado, État d’Amérique qui en compte le plus (54).

À la recherche de ses limites

Parti pour Aspen au Colorado, Aron se fait engager comme vendeur dans une boutique d’équipements sportifs de haute montagne. Régulièrement, il s’absente afin de partir en randonnée, soit dans le cadre de la poursuite du défi qu’il s’est fixé – il a déjà escaladé 47 des 54 « fourteeners » – soit à titre d’entraînement en pratiquant les sports extrêmes. L’un de ses amis, Jason, explique ainsi : « Aron est perpétuellement à la recherche de ses limites. Non content d’escalader un sommet le plus vite possible, il faut qu’il fasse les 300 derniers mètres en courant. Mais attention, il connaît parfaitement ses capacités et évalue toujours les risques. » Plus tard, Aron n’en reconnaîtra pas moins : « J’étais arrivé à un point où il me fallait sans cesse frôler la mort pour me sentir en vie. Le risque, c’est comme une drogue, plus vous le pratiquez, plus vous en avez besoin. »

Aron Ralston vit depuis le plus jeune âge sa passion de l’alpinisme comme une drogue, enchaînant les sommets de 4 000 mètres en solo en plein hiver… (DR)

Le 24 avril 2003, il quitte ainsi Aspen avec quelques barres énergétiques sur lui et gagne le Canyonlands National Park, un parc national situé près de Moab, dans l’État de l’Utah qui offre d’extraordinaires panoramas au milieu de rochers parfois très escarpés, propices à une préparation adéquate pour de nouvelles ascensions. Il alterne ainsi simples balades en VTT et escalades, décidant même de camper sur place le 25 au soir. Le lendemain matin, il rencontre deux jeunes femmes, Megan et Kristi, avec qui il randonne pendant plusieurs heures. Arrivé à une intersection donnant accès à la piste menant au Blue John Canyon, un lieu idéal pour l’escalade, autrefois célèbre pour avoir servi d’abri à Butch Cassidy et le Kid, il se sépare de ses compagnes de voyage pour emprunter la direction du canyon.

Coincé sous un rocher : le calvaire d’Aron Ralston

Au bout de quelques kilomètres, un goulet bloque le passage. Rien qui ne puisse effrayer l’expérimenté Aron qui s’y engage. Le passage s’avère de plus en plus étroit et le jeune sportif, vêtu d’un simple short, d’un tee-shirt et équipé de cordes de rappel et de 4 litres d’eau, doit s’employer pour escalader cette faille qui offre cependant plusieurs points d’appui. Il n’a aucune peine à enjamber un gros bloc de granit coincé en équilibre entre les deux parois lorsque brusquement ce dernier, de plus de 300 kg, pivote sous l’effet de son poids. Aron a juste le temps de retirer sa main gauche mais ne peut empêcher son avant-bras droit d’être broyé par la masse rocheuse qui s’écrase contre la paroi. L’alpiniste hurle de douleur. Il est désormais pris au piège de la pierre qui retient sa main…

Rapidement, cependant, il fait preuve d’un sang-froid en tout point remarquable et met en œuvre des mécanismes de survie élémentaires tels que le rationnement de son eau, la mise en œuvre d’un treuil pour reposer ses jambes ou la construction d’un hamac de fortune pour la nuit. Il pense également à utiliser son couteau – un simple canif – pour tenter d’entamer la roche et parvenir à faire levier de manière à libérer sa main. Avec une infinie précaution, il parvient ainsi à libérer son sac de son dos et à attraper son canif avec la seule main qu’il lui reste de libre. Il comprend pourtant vite que ses efforts sont vains.

Image tirée du long-métrage 127 heures dans laquelle l’acteur qui incarne Aron s’apprête à entamer ses ligaments à l’aide de son canif de fortune pour se libérer du bloc rocheux. (DR)

La nuit tombe, glaciale et lugubre. Le temps pour Aron de faire le point. Il dispose encore de trois barres de céréales et de deux petits sandwichs mexicains qui vont lui permettre de se recharger en énergie pendant plusieurs heures. Trois solutions s’offrent à lui : parvenir malgré tout à faire bouger la pierre, ce qui demeure hautement improbable ; être secouru par un promeneur, ce qui constituerait un vrai miracle dans ce lieu isolé de tout ; couper son avant-bras droit afin de le libérer de son supplice, une décision difficile à admettre. Entre douleur et fatigue, à l’issue d’une vision – celle d’un petit garçon qui le regarde en souriant – qui lui donne un surcroit d’énergie, et alors qu’il a terminé ses dernières rations de nourriture, il se résout pourtant à cette ultime solution.

Amputé mais sauvé

Aron cherche dans un premier temps à briser ses os à hauteur du poignet en réalisant des contorsions entre la pierre et la paroi. Une fois l’opération réalisée, il lui faut trancher les veines et ligaments qui le retiennent encore à la roche. Méthodiquement, il se prépare à « l’après » en s’appliquant à mettre au point un garrot à l’aide de son short de rechange puis à installer une corde pour la descente en rappel. Pendant plus d’une heure, il s’applique ainsi à sectionner les dernières attaches naturelles à l’aide de son canif, parvenant à vaincre l’extrême douleur qui est la sienne. Après 127 heures de cauchemar, il est enfin libéré. Parvenu à terre, il pense même à remplir ses gourdes dans une mare d’eau douce à proximité ; il n’est pas encore totalement tiré d’affaire…

Couverture du livre autobiographique d’Aron Ralston, publié en français sous le titre Plus fort qu’un roc. (DR)

Dix kilomètres de marche sont nécessaires pour rejoindre sa voiture. Il conserve une lucidité et une force mentale suffisantes pour s’orienter parfaitement et il n’est qu’à un kilomètre du but lorsqu’il aperçoit dans le ciel un hélicoptère parti à sa recherche, à la suite du signalement du gérant du magasin où il travaille, surpris de son absence. Il est aussitôt conduit à l’hôpital de Moab où les premiers soins lui sont prodigués. L’espoir d’une greffe de son avant-bras – récupéré deux jours plus tard par treize hommes et des systèmes hydrauliques – est rapidement déçu, aussi une prothèse lui est-elle posée. Aron Ralston a raconté sa mésaventure dans un livre autobiographique, qui a inspiré le film 127 heures de Danny Boyle, sorti en 2010.

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Paul Villatoux
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Paul Villatoux

Docteur en Histoire, Paul Villatoux est responsable de plusieurs magazines et se focalise sur les récits de survie.

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