Comment improviser une infirmerie en ville

ANTICIPER LA NÉCESSITÉ MUTUALISER SINON RIEN

Pouvoir improviser une infirmerie capable d’accueillir des blessés ou des malades de manière plus ou moins prolongée si les installations actuelles devenaient subitement et momentanément surchargées ou défaillantes, voilà un objectif qui justement ne s’improvise pas le jour où le besoin existe.

Deux évènements contemporains influencent particulièrement mes travaux sur la thématique de la médecine de survie : l’ouragan Katrina et le siège de Sarajevo.

L’ouragan Katrina a été la catastrophe naturelle la plus coûteuse dans l’histoire des États-Unis. Le siège de Sarajevo a été le plus long siège de l’histoire de la guerre moderne. Différentes causes, mais de nombreuses conséquences communes sur la communauté humaine, dont l’impact sur la santé et les soins.

ANTICIPER LA NÉCESSITÉ

La complexité de nos sociétés fait que tout problème devient potentiellement insurmontable. Leurs complexités technologiques entraînent une difficulté à réagir aux urgences et en deviennent fragiles dès que cette technologie vient à faillir. C’est la théorie des systèmes critiques : plus une entité est complexe, plus rapidement elle peut s’effondrer en cas d’incurie.

Sarajevo, 1994. Eau, électricité, égouttage, gaz, plus rien ne fonctionne pendant plus de 1 000 jours.
Sarajevo, 1994. Eau, électricité, égouttage, gaz, plus rien ne fonctionne pendant plus de 1 000 jours.

Lors de Katrina, l’incapacité du gouvernement à veiller sur ses propres citoyens a transformé cette catastrophe naturelle en une catastrophe humaine sans précédent et a montré les défaillances de la gestion des risques américaine étant théoriquement la plus organisée du monde. à Sarajevo, le siège militaire serbe sur la ville bosniaque a duré 1 425 jours soit 3 ans, 10 mois et 24 jours, entraînant la mort d’environ 10 000 civils. Chaque jour, il a plu en moyenne 329 impacts d’obus. Ces tirs d’artillerie ont, comme l’ouragan le fit à la Nouvelle-Orléans, gravement endommagé les structures de la ville, y compris les hôpitaux, les réseaux d’eau et d’électricité, ainsi que les communications. Dans les 2 cas, il y a eu une rupture des chaînes d’approvisionnement : nourriture, médicaments, carburants et de matières premières. L’eau, l’électricité et le chauffage furent coupés instantanément et longtemps avec les conséquences qu’on a peine à imaginer dans l’univers confortable et relativement stable qui nous semble une norme acquise chez nous.

Un sujet a particulièrement concerné les protagonistes de ces 2 évènements, car commun à tous les humains de tous les endroits du monde et en tout temps : c’est la notion de santé au sens large. Certains dès avant l’évènement (maladies chroniques, personnes hospitalisées, en attente de traitement, etc.), d’autres à cause de l’évènement (blessés) et puis d’autres encore à cause des suites de l’événement (rupture dans les soins, pénurie de médicaments, infections et maladies dues aux conditions…).

MUTUALISER SINON RIEN

Se tenir prêt en amont d’une catastrophe n’est pas un moyen d’éviter les préoccupations liées à la santé, mais plutôt de construire une capacité de résilience qui aidera la communauté à y faire face et à s’en remettre avec le moins de fracas possible. Anticiper la disparition totale ou partielle de structure médicale fait partie d’une approche holistique d’une préparation individuelle et collective censée et cohérente. Pas besoin d’être médecin, ni même infirmier pour s’atteler à ce projet, au contraire. En temps normal, ces professionnels de la santé sont souvent très occupés, a fortiori sous ère covidienne. Disposer de connaissances médicales est certes un plus, mais lorsque la situation se dégrade, il est parfois plus facile de trouver des soignants qu’un groupe de personnes qui disposent de l’organisation et de la logistique où ces soignants pourraient exercer leurs savoirs au profit de personnes blessées.

Comme pour tout domaine dans survie, l’anticipation et la préparation seront donc des facteurs déterminants. Il y a une grande différence entre, d’une part, une communauté composée de membres qui se sont réparti les différentes formations afin d’accumuler un spectre plus ou moins large de compétences médicales en prévision et qui, de plus, possède des stocks de médicaments et de matériels triés et organisés dans des Pelicase®, une communauté qui le jour où c’est nécessaire réunissent ces équipements et savoir-faire en un lieu reconnu et étudié au préalable ; et, d’autre part, une poignée de bonnes volontés qui se réunissent sous le coup de la nécessité absolue le jour où celle-ci est la plus criante avec des trousses de secours de voiture et leur seule bonne volonté dans un appartement où rien n’a été prévu pour l’accueil de blessés ou de malades.

En cas de situation prolongée, et même en situation austère, on ne pourra pas faire l’économie de désigner qui dirige, gère et aurait la responsabilité de l’infirmerie ni de savoir qui la finance ou l’alimente pour les fournitures et équipements nécessaires, voire qui on choisit de traiter ou de ne pas traiter dans cette infirmerie. L’idée est d’y songer en amont afin d’éviter des conflits internes au milieu d’une urgence. Une fois que la volonté existe et que la décision est prise de faire un plan pour une infirmerie improvisée, il faut reconnaître un lieu et penser logistique.

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Joël Schuermans

Après 12 ans passés dans une unité commando, il a repris une carrière de medic spécialisé dans les zones hostiles et/ou isolées. Aventurier et voyageur au long cours, il est un spécialiste médical pour expéditions et missions lointaines. Conseiller éditorial du magazine Survival, auteur de plusieurs livres et de nombreux articles. Vidéaste et photographe, il réalise des reportages écrits et vidéos sur certains sujets d'aventure et notamment sur les rangers de la lutte anti-braconnage en Afrique.

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