La Micro Ferme Urbaine selon Enimus

Afin d’être un peu plus autonome tout en se préparant à une éventuelle pénurie alimentaire, Enimus, dans son livre La Micro Ferme Urbaine, nous prouve que les possibilités sont multiples même avec un petit terrain, voire même un simple balcon.
PROPOS RECEUILLIS Par Sylvain Dadmax – Photos : Enimus

SURVIVAL : Enimus, peux-tu te présenter à nos lecteurs ?
ENIMUS : Enimus 39 ans, je suis marié et père de famille, je vis dans le Nord de la France et je m’intéresse au survivalisme depuis plus d’une dizaine d’années maintenant. J’ai commencé comme beaucoup de monde en appartement puis dans une maison de ville, avant de construire mon projet de vie à la campagne et d’entreprendre ma quête de plus d’autonomie et d’indépendance personnelle en développant mon projet de micro ferme urbaine. Pourquoi urbaine ? Même si je suis en milieu rural, je suis dans une petite maison de type lotissement et non dans une BAD (Base Autonome Durable) à la campagne, coupée du monde comme on pourrait le croire. J’y cultive la terre sur une petite surface de 180 mètres carrés au total, départagée entre le potager, le verger et l’espace micro ferme avec les animaux, où se côtoient poules, cailles, canards, pigeons, lapins et autres cochons d’Inde ; il y a du monde ici !

S. : Il y a quelques mois est sorti ton premier ouvrage La Micro Ferme Urbaine. Qu’est-ce qu’une micro ferme ?
E. : Comme expliqué précédemment, implanter une micro ferme urbaine, c’est tout simplement essayer de recréer, au sein d’un jardin de type pavillonnaire, un esprit rural avec un potager bien sûr, mais upgradé avec des animaux dits de basse-cour, de petite taille, adaptés à cette petite surface, afin de pouvoir produire légumes, œufs et aussi protéines animales. Les animaux ont également pour but d’apporter de la matière organique afin d’amender ses cultures dans une optique de permaculture urbaine.
Au niveau des cultures justement, on va être sur de la micro polyculture, c’est-à-dire développer un maximum de légumes différents sur un petit espace, en associant les variétés et en optimisant au maximum le moindre centimètre carré de terre.
Enfin, on va retrouver la résilience hydrique avec les récupérateurs d’eau placés au bon endroit, toujours dans une optique de gain de place et de pragmatisme.
Une petite installation solaire a également été installée au niveau de ma micro grange pour plus de confort.
Organiser une micro ferme urbaine, c’est donc essayer de recréer au maximum de nos possibilités ce que l’on retrouve dans une ferme standard mais adapté au terrain d’un citoyen lambda.
Ne pouvant être fermier, je me suis donné les moyens de vivre et non de rêver ce projet, aussi minimaliste soit il.

S. : Pour qui et pourquoi as-tu écrit ce livre ?
E. : En ce qui concerne le livre : La Micro Ferme Urbaine ou comment cultiver une philosophie de vie pour tendre vers plus d’autonomie et de bien-être personnel sur un petit espace en ville, j’ai voulu dans un premier temps l’écrire pour mes fils, trop jeunes pour réellement comprendre le sens du pourquoi papa fait tout ça dans son jardin. Je voulais leur transmettre par écrit ma vision de la vie, ma philosophie de vie, et quoi de mieux que l’écriture pour transmettre et amener à la réflexion et au débat. J’aime écrire, je tiens moi-même un journal comme le faisait mon grand-père paternel, je me suis donc naturellement tourné vers l’écriture en racontant tout simplement ce que j’avais entrepris chez moi. Ici, pas de leçons de données, juste des faits. C’est avant tout ma philosophie de vie que je veux faire passer. Puis ensuite, j’ai découvert l’opportunité de l’auto édition, je me suis donc lancé et j’ai auto produit mon livre. Autant partager cette philosophie à qui veut bien le lire. Je trouve que cela peut être intéressant, sans compter que, la plupart du temps, les livres qui traitent de l’autonomie ou de l’autosuffisance parlent de suite de grand terrain en milieu rural mais en oubliant que la majorité des gens vivent sur de petites surfaces pavillonnaires. On a tendance à finalement oublier cette majorité de personnes, qui, je pense, risquent de se retrouver plus facilement dans ce que j’ai écrit.

S. : D’après ton expérience, peut-on réellement faire face à une pénurie alimentaire avec une micro ferme ?
E. : Bonne question…
Pour être totalement honnête, non, on peut faire face plus facilement que 90% des personnes non préparées, c’est déjà pas mal, mais être auto suffisant, cela reste une utopie je pense, et même sur de plus grandes surfaces : l’homme a toujours eu besoin du groupe et de la communauté pour survivre. Par contre, on peut tendre vers plus d’autonomie, on peut faire pousser ses propres légumes, faire ses conserves pour tenir l’hiver, apprendre à conserver, cuisiner, élever des animaux pour la viande et donc savoir comment abattre et dépecer un animal pour ensuite le vider et le cuisiner et ou le conserver, choses que beaucoup de personnes ne savent pas faire au final.
Ensuite, si la surface est bien travaillée, bien optimisée, on peut déjà faire face plusieurs semaines, si situation dégradée il y a. Enfin, et vu que nous sommes chez Survival Mag, un concept de micro ferme urbaine, comme toute base autonome durable qui se respecte, se doit d’avoir sa réserve alimentaire pour parer à toutes situations d’effondrement quelles qu’elles soient. Avec une micro ferme urbaine nous pouvons mieux aborder une future pénurie alimentaire, tout comme une période d’inflation et de hausse des prix qui n’est pas à négliger, c’est également un bon moyen de résilience économique.
Ici, la base de notre résilience alimentaire est le stock d’urgence. Appelez-le comme vous voulez, et ensuite vient s’y ajouter en complément le potager, le verger et le micro élevage, tout comme la chasse qui fait partie intégrante de ma démarche.

La Micro Ferme Urbaine selon Enimus

S. : Est-ce qu’une micro ferme de 180m2 peut subvenir aux besoins d’une famille de 5 personnes ?
E. : Tout dépend de la surface allouée aux cultures. La plupart des personnes qui ont 1000 mètres carrés ou plus de surface n’ont pas 1000 mètres carrés de potager, c’est impossible, ingérable surtout à l’échelle familiale et clanique, sinon vous êtes agriculteur.
Je pense que oui, un potager de 100 mètres carrés bien géré peut subvenir aux besoins d’une famille de 5 personnes, d’ailleurs c’est la taille standard privilégiée sur de nombreux sites spécialisés en résilience individuelle à petite échelle. Donc c’est possible, il faut bien sélectionner les légumes qui vont vous apporter rendement et calories. Partez sur des pommes de terre plutôt que sur des salades !

S. : Peux-tu nous donner des exemples de ce que l’on peut trouver dans ton potager ?
E. : Eh bien ! cette année je suis parti sur un potager que j’ai appelé potager survivaliste, pour justement essayer de faire face au mieux à une éventuelle pénurie alimentaire. J’ai donc misé sur des légumes qui poussent bien dans ma région et qui se conservent facilement en pleine terre sans trop d’efforts. Ce sont donc des navets, du céleri rave, de la betterave, des carottes, courges, courgettes et pommes de terre, quelques tomates et concombres pour le plaisir mais des légumes avant tout nourriciers et productifs. Certes, ce ne sont pas ceux qui font le plus rêver mais c’est un potager survivaliste, on l’a dit, donc pas de place pour la fioriture.

S. : T’es-tu constitué un calendrier de cultures et de récoltes ?
E. : Tous les ans, je fais un plan détaillé de ce que je vais semer et repiquer, tout simplement car je me dois, sur une petite surface, de bien procéder à la rotation des cultures. C’est assez difficile vu le peu de place mais on y arrive, donc oui, je me constitue un calendrier chaque année.

S. : Coté conservation, arrives-tu à stocker suffisamment de denrées pour les mois où les récoltes sont moindres ?
E. : Quand tout va bien comme actuellement, oui. Pour dire, j’ai encore pas mal de conserves de l’année dernière. De mémoire, il me reste de la betterave, du chou-fleur, de la courgette, de la rhubarbe, des carottes lacto fermentées et pas mal de haricots verts au congélateur, donc ça va. En situation de crise, probablement que la réserve maison serait plus entamée qu’elle ne l’est. Cela dépend de tellement de paramètres qu’il est difficile d’y répondre objectivement.

S. : Peux-tu nous parler de tes apports en protéines animales dans ton alimentation ?
E. : J’ai mon micro élevage que je développe seulement cette année pour la production de viande. J’avais des cailles essentiellement pour les œufs. Cette année, j’ai investi dans des couveuses et je vais produire de la viande, tout comme pour les canards. En ce qui concerne les poules, n’ayant pas la possibilité d’avoir un coq, elles n’entrent pas dans ma démarche de viande, elles sont là pour les œufs. Dernièrement, j’ai accueilli un couple de pigeons de chair qui devraient également me donner de la viande. Mais le gros de mon apport de protéines est ici fourni par ma pratique de la chasse.

S. : La chasse, est-elle complémentaire à ce projet ?
E. : Totalement, je la pratique depuis 3 ans maintenant. Je n’étais pas chasseur, j’ai dû tout apprendre et je ne regrette absolument pas. Cela me permet d’apprendre énormément sur la faune et la flore qui nous entourent, d’acquérir des compétences dans la connaissance et la préparation du gibier et bien sûr de pouvoir remplir le congélateur de viande qui vient compléter la production personnelle faite à la micro ferme. J’aborde le sujet de la chasse dans mon livre, en expliquant ma démarche qui n’est certes pas celle du chasseur lambda, une démarche avant tout survivaliste, une manière plus naturelle, je trouve, d’aborder cette pratique.
C’est un complément non négligeable de protéines surtout quand on est sur une petite surface, mon micro élevage ne suffisant bien évidemment pas pour pouvoir « passer l’hiver ».

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S. : Peux-tu nous parler de tes ressources hydriques et comment les exploites-tu ?
E. : Étant dans une région très pluvieuse, l’eau n’a pas été ma priorité première alors qu’elle doit l’être chez les autres. Cependant, j’ai aussi adapté un système à ma petite surface, ce que je développe également dans mon livre La Micro Ferme Urbaine, où j’ai multiplié les récupérateurs d’eau afin de pouvoir arroser les cultures et abreuver les animaux. Un système de puit artésien vient compléter mon installation et j’ai également une mare qui entre dans ma démarche de résilience hydrique. Pour économiser l’eau en situation dégradée par exemple, un filtre Berkey associé à un préfiltre de type brown filter bag me permettra également de consommer cette eau. De plus, j’ai construit des toilettes sèches.

S. : As-tu des projets pour ta micro ferme ?
E. : Oui bien sûr, toujours. Ayant encore des enfants en bas âge, j’ai une partie de mon jardin que je ne peux utiliser, il faut bien leur laisser un peu de gazon quand même pour taper la balle. Mais à terme, j’installerai sur cette dernière surface des lits ou carrés potagers et enfin je transformerai la balançoire en serre afin de modifier totalement mon jardin de type pavillon en micro ferme urbaine à 100% afin de faire de mon lieu de vie mon lieu de vacances permanentes. Je vous laisse lire le livre pour découvrir ce que je veux dire par là. Merci Survival Mag de m’avoir invité à cette interview, j’espère que vos lecteurs se reconnaitront dans ce que je dis. ◆

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